Presque personne ne se met en danger exprès. On se met en difficulté parce que personne ne savait où l’on était, parce qu’on a compté la sortie en kilomètres au lieu de la compter en heures, parce qu’on portait un matériel jamais sorti du sac, ou parce qu’on a fait demi-tour trop tard. Ce manuel est gratuit, pour tout le monde. Il ne remplace pas l’expérience : il vous aide à la construire.
Clé 1 · À la maison, la veille
Les secours cherchent dans un périmètre. « Le Vercors », c’est plus de 200 000 hectares : plusieurs jours de recherche. « La boucle depuis le parking de la Molière, jusqu’à la crête, retour vers 17 h », c’est un vallon qu’un hélicoptère couvre en un passage.
Un message écrit reste exact, et il se transmet tel quel au 112. Une phrase lancée en partant se déforme dès le lendemain.
Quelqu’un de joignable ce soir-là (pas dans un avion, pas à une fête sans téléphone), et qui appellera le 112 même s’il doute. Beaucoup d’alertes partent avec des heures de retard parce que le proche n’osait pas déranger.
Pour une sortie à la journée, deux à trois heures après le retour prévu. Trop serrée, les fausses alertes usent la confiance. Trop large, vous risquez une nuit dehors avant que quiconque bouge.
Sans exception. La sortie se termine quand le message est envoyé, pas quand vous arrivez à la voiture.
Remplir ma fiche de sortie →« S’il y a un problème, j’appellerai. » Dans les situations qui comptent, il n’y a pas de réseau, le téléphone s’est cassé dans la chute, ou vous n’êtes plus en état de composer un numéro. Le plan existe pour le moment où vous ne pouvez plus agir vous-même.
Clé 2 · À la maison, la veille
12 km sur le plateau du Vercors, c’est environ 3 heures. 12 km avec 1 200 m de montée, c’est une journée entière.
Exemple : 1 200 m de montée, c’est environ 4 h pour monter, 2 h 30 pour descendre, et une journée de 7 à 8 heures.
Partez du coucher du soleil, retirez le temps de descente, puis une heure de marge : c’est l’heure à laquelle vous devez être sur le retour. Mi-octobre dans les Alpes, le soleil se couche vers 18 h 45, et il fait sombre bien plus tôt en forêt ou en versant nord.
C’est la partie la moins préparée et la plus dure pour le corps. C’est là que se produisent la plupart des chutes. La sortie ne s’arrête pas au sommet : elle s’arrête à la voiture.
Le vrai rythme est celui du plus lent. Un groupe de niveaux mélangés va même moins vite que son plus lent ne le ferait seul : ceux qui attendent se refroidissent et repartent moins bien. Dites votre vrai niveau, et organisez la sortie autour du maillon le plus faible.
S’entraîner seulement pour la montée. Descendre longtemps sans crampes dans les cuisses, c’est la capacité à travailler.
Clé 3 · À la maison, la veille
Une carte papier et une boussole, et savoir s’en servir. Le froid vide une batterie bien plus vite que prévu. Et au 112, on vous demandera où vous êtes : nommer un vallon, un col ou une altitude envoie les secours au bon endroit.
Composer mon sac →Acheter du matériel et ne jamais l’ouvrir. Testez tout chez vous, au calme, avant d’en avoir besoin dehors.
Clé 4 · Sur le terrain
« On y est presque. » Les dernières centaines de mètres font basculer une journée, surtout quand elles font dépasser l’heure de demi-tour : la descente reste entière, et la nuit garde ses horaires. Faire demi-tour est une compétence. C’est elle qui vous permet de revenir le week-end suivant.
Les outils
Chacun remplit le suivant : le calcul prépare la liste et la fiche. Rien n’est enregistré, tout reste dans votre navigateur.
Montée, descente, pauses, marge avant la nuit, et votre heure de demi-tour.
Calculer →Outil 2Filtrée selon la durée, la saison, le terrain. Chaque objet avec sa raison.
Composer →Outil 3Trois minutes, puis envoyée à la personne qui donnera l’alerte.
Remplir →Calcul → Sac → Fiche → envoyée à votre contact avant de partir.
Si ça tourne mal
Le numéro d’urgence européen. Depuis n’importe quel téléphone, sans forfait, même verrouillé. Il vous localise, et passe par un autre opérateur si le vôtre ne capte pas.
Si seul un message passe : SMS au 114. D’abord le 112, puis le 114.
Une fiche par mois
Chaque mois, une fiche tirée du matériel que j’utilise avec mes groupes : un sujet traité en entier, en page web et en PDF à imprimer. Libre de reproduction et de partage.
Clément Guinet, accompagnateur en montagne diplômé d’État. Je guide du Vercors au Grand Nord, de la première nuit dehors à l’expédition en autonomie, et je forme d’autres guides. Ambassadeur Sans Trace depuis 2018.
Ces fiches sont mon matériel de terrain. Je les rends publiques parce que la meilleure sortie est celle dont tout le monde revient. Le guide →
Aller plus loin
Les stages « Partir seul, en vrai » vous font pratiquer tout cela sur le terrain, en petit groupe, jusqu’à ce que vous sachiez le faire sans moi.
Voir les stages →Base Camp Vercors