Savoir Partir · manuel de terrain

Savoir partir, savoir renoncer, savoir revenir.

Presque personne ne se met en danger exprès. On se met en difficulté parce que personne ne savait où l’on était, parce qu’on a compté la sortie en kilomètres au lieu de la compter en heures, parce qu’on portait un matériel jamais sorti du sac, ou parce qu’on a fait demi-tour trop tard. Ce manuel est gratuit, pour tout le monde. Il ne remplace pas l’expérience : il vous aide à la construire.

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Clé 1 · À la maison, la veille

Dire où l’on va.

Une racine, une cheville qui tourne, seul au fond d’une combe boisée, sans réseau. Ce qui va se passer maintenant dépend d’une chose que vous avez faite, ou pas, la veille au soir.

Les secours cherchent dans un périmètre. « Le Vercors », c’est plus de 200 000 hectares : plusieurs jours de recherche. « La boucle depuis le parking de la Molière, jusqu’à la crête, retour vers 17 h », c’est un vallon qu’un hélicoptère couvre en un passage.

À retenir · les 5 informations à écrire
  1. Le secteur et le point de départ précis.
  2. L’itinéraire prévu.
  3. L’heure de retour prévue.
  4. L’heure limite d’alerte, après laquelle votre contact appelle le 112.
  5. L’immatriculation du véhicule : la gendarmerie retrouve la voiture, ce qui confirme que vous êtes bien là où vous l’aviez dit.

Écrivez-le, ne le dites pas

Un message écrit reste exact, et il se transmet tel quel au 112. Une phrase lancée en partant se déforme dès le lendemain.

Choisissez bien votre contact

Quelqu’un de joignable ce soir-là (pas dans un avion, pas à une fête sans téléphone), et qui appellera le 112 même s’il doute. Beaucoup d’alertes partent avec des heures de retard parce que le proche n’osait pas déranger.

Réglez l’heure limite d’alerte

Pour une sortie à la journée, deux à trois heures après le retour prévu. Trop serrée, les fausses alertes usent la confiance. Trop large, vous risquez une nuit dehors avant que quiconque bouge.

Prévenez au retour

Sans exception. La sortie se termine quand le message est envoyé, pas quand vous arrivez à la voiture.

Remplir ma fiche de sortie →
Erreur fréquente

« S’il y a un problème, j’appellerai. » Dans les situations qui comptent, il n’y a pas de réseau, le téléphone s’est cassé dans la chute, ou vous n’êtes plus en état de composer un numéro. Le plan existe pour le moment où vous ne pouvez plus agir vous-même.

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Clé 2 · À la maison, la veille

Être au niveau.

Ce qui compte, c’est l’écart entre la sortie prévue et ce que vous êtes capable de faire aujourd’hui. Pas l’an dernier. Aujourd’hui.

Comptez en dénivelé et en heures, jamais en kilomètres

12 km sur le plateau du Vercors, c’est environ 3 heures. 12 km avec 1 200 m de montée, c’est une journée entière.

300 m/hmontée en forme, bon sentier, sac léger
250 m/hmontée avec plus de 10 kg sur le dos
400–500m/h à la descente
+ 1 hde pauses par jour, au minimum

Exemple : 1 200 m de montée, c’est environ 4 h pour monter, 2 h 30 pour descendre, et une journée de 7 à 8 heures.

À retenir · votre heure de retour

Partez du coucher du soleil, retirez le temps de descente, puis une heure de marge : c’est l’heure à laquelle vous devez être sur le retour. Mi-octobre dans les Alpes, le soleil se couche vers 18 h 45, et il fait sombre bien plus tôt en forêt ou en versant nord.

La descente, la grande oubliée

C’est la partie la moins préparée et la plus dure pour le corps. C’est là que se produisent la plupart des chutes. La sortie ne s’arrête pas au sommet : elle s’arrête à la voiture.

En groupe

Le vrai rythme est celui du plus lent. Un groupe de niveaux mélangés va même moins vite que son plus lent ne le ferait seul : ceux qui attendent se refroidissent et repartent moins bien. Dites votre vrai niveau, et organisez la sortie autour du maillon le plus faible.

Les deux questions à vous poser

  • Votre plus grosse sortie cette année, et quand ? Passer de 700 m en juillet à 1 300 m en octobre, c’est un saut, pas une progression.
  • Qu’y a-t-il sur le tracé ? Un sentier balisé et un itinéraire alpin ne demandent pas la même chose. Un passage câblé, un pierrier ou un névé de début d’été dans une combe nord décident de la sortie, quelle que soit la distance.
Calculer ma journée →
Erreur fréquente

S’entraîner seulement pour la montée. Descendre longtemps sans crampes dans les cuisses, c’est la capacité à travailler.

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Clé 3 · À la maison, la veille

Emporter ce qu’il faut.

Chaque objet du sac répond à une question précise. Trois scénarios transforment une balade en incident : la nuit qui tombe avant le retour, l’immobilité soudaine, la météo qui tourne.

Si la nuit tombe

  • Une lampe frontale, même pour une courte sortie d’après-midi.
  • La lampe du téléphone tient une heure, et vous laisse ensuite sans téléphone pour appeler.

Si l’on ne peut plus avancer

  • Une couche chaude et sèche, que vous n’avez pas portée de la journée.
  • De quoi s’isoler du sol : le contact avec la terre froide prend plus de chaleur que l’air froid.
  • Une couverture de survie, dépliée une fois chez vous : immense, bruyante, ingérable au vent. Son rôle est de couper le vent et l’humidité, pas de réchauffer. Toujours quelque chose entre le blessé et le sol.

Si la météo tourne

  • Une veste vraiment imperméable.
  • Bonnet et gants : une centaine de grammes qui changent tout.
  • 1,5 à 2 litres d’eau par personne et par jour, et plus à manger que ce que vous pensez manger.
  • Sur le calcaire du Vercors, l’eau s’infiltre : beaucoup de sources de la carte sont à sec en fin d’été.

Pour savoir où l’on est

Une carte papier et une boussole, et savoir s’en servir. Le froid vide une batterie bien plus vite que prévu. Et au 112, on vous demandera où vous êtes : nommer un vallon, un col ou une altitude envoie les secours au bon endroit.

Composer mon sac →
Erreur fréquente

Acheter du matériel et ne jamais l’ouvrir. Testez tout chez vous, au calme, avant d’en avoir besoin dehors.

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Clé 4 · Sur le terrain

Lire la situation, et décider.

Les accidents viennent rarement d’une mauvaise décision. Ils viennent d’une décision qu’on n’a jamais prise : on continue parce qu’on a fait deux heures de route, parce que le sommet est « juste là », parce que personne n’ose dire qu’il peine. Le remède : décider à l’avance, au calme.
À retenir · trois seuils, écrits la veille
  1. L’heure de demi-tour : une heure d’horloge, pas une sensation. « Si nous ne sommes pas au col à 13 h, nous redescendons, quel que soit l’état du groupe et la distance restante. »
  2. Le seuil météo : un plafond qui descend, le premier coup de tonnerre, un vent qui déséquilibre sur une crête.
  3. Le seuil humain : si quelqu’un ne va pas (froid, épuisement, peur), la sortie s’arrête pour tout le monde. Dites-le au départ, pour que personne n’ait à porter seul le poids de l’avouer.
Des traces de pas sur un plateau enneigé, dans le brouillard
Plateau enneigé dans le brouillard : quand les repères disparaissent, c’est le seuil fixé la veille qui décide.

Lire les signes

Le cielDes cumulus qui montent en tours dès la fin de matinée annoncent souvent un après-midi instable. L’été, quittez les crêtes vers 13 h – 14 h.
Le ventUne bascule de direction ou une chute brutale de température précède souvent le mauvais temps, d’une quinzaine de minutes.
L’eauUn torrent nourri par la fonte monte au fil de la journée. Le gué du matin peut être infranchissable au retour.
Le terrainLe calcaire et l’herbe mouillés glissent. Sur un névé, la vraie question est ce qu’il y a en dessous : si une glissade finit dans des barres, on ne traverse pas.
Les gensLes signes arrivent avant l’incident : quelqu’un qui parle moins, se laisse distancer de dix mètres, ne boit plus, ne mange plus. Une personne froide et silencieuse, c’est une alerte, pas un trait de caractère.
Erreur fréquente

« On y est presque. » Les dernières centaines de mètres font basculer une journée, surtout quand elles font dépasser l’heure de demi-tour : la descente reste entière, et la nuit garde ses horaires. Faire demi-tour est une compétence. C’est elle qui vous permet de revenir le week-end suivant.

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Les outils

Trois outils, qui s’enchaînent.

Chacun remplit le suivant : le calcul prépare la liste et la fiche. Rien n’est enregistré, tout reste dans votre navigateur.

Calcul → Sac → Fiche → envoyée à votre contact avant de partir.

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Si ça tourne mal

Appeler, puis tenir.

112Appeler

Le numéro d’urgence européen. Depuis n’importe quel téléphone, sans forfait, même verrouillé. Il vous localise, et passe par un autre opérateur si le vôtre ne capte pas.

Si seul un message passe : SMS au 114. D’abord le 112, puis le 114.

À retenir · les premières minutes
  1. S’arrêter. Cinq minutes assis, boire, manger, puis décider.
  2. Se protéger du froid : le sol, puis le vent, puis l’humidité.
  3. Appeler tôt, de jour : hésiter coûte plus cher qu’appeler. Hors domaine skiable, les secours publics sont gratuits.
  4. Rester sur place si quelqu’un a votre fiche de sortie. Ne jamais descendre un torrent ou un ravin pour « retrouver la vallée ».
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Une fiche par mois

Mes fiches de terrain, rendues publiques.

Chaque mois, une fiche tirée du matériel que j’utilise avec mes groupes : un sujet traité en entier, en page web et en PDF à imprimer. Libre de reproduction et de partage.

Octobre 2026La fiche de sortieLire →Novembre 2026Le bivouac autonome en forêtLire →
Décembre 2026Renoncer : les seuils qu’on fixe avant de partirÀ venir
Janvier 2027Le sac d’hiverÀ venir
Février 2027Le froid : s’habiller, gérer l’humiditéÀ venir
Mars 2027Se préparer physiquement à une itinéranceÀ venir

Clément Guinet, accompagnateur en montagne diplômé d’État. Je guide du Vercors au Grand Nord, de la première nuit dehors à l’expédition en autonomie, et je forme d’autres guides. Ambassadeur Sans Trace depuis 2018.

Ces fiches sont mon matériel de terrain. Je les rends publiques parce que la meilleure sortie est celle dont tout le monde revient. Le guide →

Aller plus loin

Un manuel se lit. Un geste s’apprend dehors.

Les stages « Partir seul, en vrai » vous font pratiquer tout cela sur le terrain, en petit groupe, jusqu’à ce que vous sachiez le faire sans moi.

Voir les stages →Base Camp Vercors