Bien dormir dehors ne doit rien à la chance. Ce que je fais porter, ce que je fais emporter, et ce que je répète à chaque groupe avant sa première nuit.

Une tente verte dans la neige au lever du jour, face aux falaises du Vercors

La nuit tombe sur le plateau. Le réchaud ronronne, l’eau chauffe pour la soupe, et le silence prend toute la place. Au-dessus, le ciel se remplit. C’est pour ce moment-là que l’on dort dehors. Mais sans préparation, la même nuit peut devenir longue, froide et humide, et l’on n’en garde qu’une envie : ne jamais recommencer.

Dormir dehors, c’est revenir à l’essentiel. Et l’essentiel se prépare. Ce qui suit, c’est ce que j’ai appris en encadrant des groupes, nuit après nuit, du Vercors à la Laponie.

Une nuit sans lune, le vent hurlait dehors et j’étais au chaud dans mon duvet. C’est ce soir-là que j’ai compris la différence entre un bivouac improvisé et un bivouac préparé. Et que j’ai eu envie de l’apprendre aux autres.

Le principeLe minimalisme intelligent

Alléger le sac sans jamais sacrifier l’essentiel. Pour chaque objet, une seule question : en aurai-je vraiment besoin dehors ? Un sac trop lourd épuise. Un sac mal pensé expose. Et tout ce que vous emportez, vous l’avez testé chez vous avant.

01Le sac à dos

  • Ajusté à votre dos, avec une ceinture qui porte le poids sur les hanches.
  • 35 à 60 litres selon la durée et la saison.
  • Tout au sec à l’intérieur : sacs étanches, ou un grand sac poubelle épais en guise de doublure.

À retenir

Le sac chargé ne dépasse pas 10 à 20 % de votre poids. Au-delà, chaque montée se paie.

Un randonneur, sac sur le dos, sur un sentier en forêt
Le sac ajusté, le poids sur les hanches : c’est lui qui décide de l’état dans lequel vous arrivez au camp.

02S’habiller : la règle des quatre couches

CoucheSon rôleCe qu’on choisit
Première coucheÉvacuer la transpirationT-shirt technique ou laine mérinos, manches courtes ou longues. Jamais de coton.
Couche isolanteGarder la chaleur en marchantPolaire ou pull technique. Plus épaisse, ou une doudoune légère, en hiver et en altitude.
Couche chaudeNe pas se refroidir à l’arrêtDoudoune, en duvet ou synthétique, pour les pauses et la soirée.
CoqueCouper la pluie et le ventVeste imperméable à capuche, et surpantalon si la pluie est annoncée.

Et toujours : bonnet, tour de cou et gants légers, même en été. La tête et les extrémités sont les premières à avoir froid.

Le bas du corps

  • Un pantalon de randonnée synthétique, léger, déperlant et respirant. Le surpantalon imperméable en option.
  • Des chaussettes techniques, et une paire sèche de rechange pour le soir.
  • Des sous-vêtements confortables et respirants.
  • Des chaussures de randonnée tiges mi-hautes ou basses, déjà faites à vos pieds. Jamais neuves.
  • Pour le camp : sandales, claquettes ou chaussons.

Le conseil du guide

Ne sous-estimez jamais une paire de chaussettes sèches. Elle peut sauver votre nuit.

03Le pyjama sec

Un jeu de vêtements qui ne sert qu’à dormir et ne sort jamais du sac de la journée. C’est la règle la plus rentable du bivouac.

  • Un haut thermique à manches longues et un collant chaud.
  • Des chaussettes réservées à la nuit.
  • Un bonnet : il vaut à lui seul 2 à 3 °C de confort.
  • Un tour de cou si vous êtes frileux.

Attention

À 1 200 m, même en été, la nuit peut descendre sous les 5 °C.

Sec la nuit, heureux le matin.

Une tente éclairée de l’intérieur, la nuit
Le camp monté, le pyjama sec enfilé avant d’avoir froid : la nuit commence bien.

04L’hygiène et les petits indispensables

Tout tient dans une trousse étanche :

  • Brosse à dents et mini-dentifrice.
  • Un savon biodégradable, un pour le groupe.
  • Papier toilette, et un sac pour le redescendre.
  • Crème solaire et baume à lèvres.
  • Vos médicaments, des pansements, des pansements double peau pour les ampoules.

Ce que j’ajoute toujours

  • Une frontale, et des piles de rechange.
  • Une pochette étanche pour les papiers.
  • Des bouchons d’oreilles, pour le vent ou les ronflements.
  • Un couteau de poche (facultatif).
  • Un thermos, pour une boisson chaude au réveil.

05Ce que je fournis en séjour accompagné

Quand vous partez avec moi, le matériel collectif et le couchage sont compris. Ce qui compte, c’est que vous sachiez pourquoi chaque chose est là.

MatérielPourquoi
Sac de couchage adaptéPrévu pour −5 °C, les nuits de mi-saison en montagne.
Matelas isolantS’isoler du sol, c’est gagner plusieurs degrés.
Tente ou tarpSelon le climat, l’expérience du groupe et l’envie.
Réchaud, popote, bolUn repas chaud change tout à une soirée.
Gourde ou poche à eau, 2 litres minimumEt les points d’eau repérés à l’avance.
Couteau multifonctionUtile dans mille situations.
Trousse de secoursAmpoules, petits bobos, et de quoi alerter.

06En résumé

Ce qu’on fait

  • Des vêtements techniques
  • Un jeu sec pour le soir
  • Le matériel à l’abri de l’humidité
  • Tout testé avant de partir
  • Léger, mais prêt

Ce qu’on évite

  • Le coton
  • Garder des vêtements mouillés sur soi
  • Le sac ouvert sous la pluie
  • Des chaussures neuves
  • Le « au cas où » qui pèse pour rien

07La part de survie

Pas du survivalisme : de l’autonomie responsable. Voici ce que j’ai toujours sur moi, quelle que soit la sortie.

Pour faire du chaud

  • Un briquet fiable, un allume-feu, et un ferro-cérium qui marche même mouillé.
  • Pour la popote, le réchaud. Le feu, seulement en urgence vitale, et jamais là où il est interdit : dans la Réserve des Hauts-Plateaux du Vercors, il l’est toute l’année.

Pour savoir où l’on est

  • Une carte papier et une boussole.
  • Un téléphone chargé, avec des cartes hors ligne (OsmAnd, Maps.me, Visorando, Iphigénie), et une batterie externe.

Pour l’imprévu

  • Un sifflet et une couverture de survie, pour l’hypothermie ou une immobilisation.
  • Une bande de contention, un tire-tique, un antiseptique.
  • Des barres énergétiques d’urgence, et de la cordelette.
Si…Alors
Un orage violent la nuitUn abri vite monté (tarp, sursac étanche), et un plan de repli connu à l’avance.
Il fait plus froid que prévuDoudoune, bonnet, couverture de survie glissée sous le matelas.
Une petite blessurePansements, compresses, antiseptique.
L’eau manqueFiltre ou pastilles, et des sources vérifiées avant de partir.
Plus de batterie, plus de réseauL’itinéraire laissé à un proche, la carte et la boussole.

La vraie liberté dehors, ce n’est pas d’avoir tout prévu. C’est d’avoir prévu comment s’adapter.


Votre liste, prête à cocher

La liste de matériel de Savoir Partir se règle sur votre sortie (une nuit, plusieurs jours, la saison, le terrain) et dit pour chaque objet pourquoi il est là. Et avant de partir, la fiche de sortie, pour que quelqu’un sache où vous êtes.

Ma liste pour une nuit dehorsMa fiche de sortie

Et maintenantVotre première nuit, avec moi ou sans moi

Lire ne suffit pas : un bivouac s’apprend en le faisant. Trois façons de passer à l’acte.

Pour aller plus loin, la fiche Le bivouac autonome en forêt détaille ce que dit la loi, le choix de l’emplacement et les bruits de la première nuit.

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