Savoir Partir

Savoir partir, savoir renoncer, savoir revenir.


Presque personne ne se met en danger volontairement. On se met en danger parce qu'on n'a dit à personne où on allait, parce qu'on a mesuré la sortie en kilomètres au lieu de la mesurer en heures, parce qu'on a emporté du matériel qu'on n'a jamais ouvert, ou parce qu'on n'a pas su faire demi-tour à temps.

Savoir Partir rassemble ce que j'utilise et ce que j'enseigne sur le terrain, expliqué en entier et sans raccourci. C'est gratuit, c'est pour tout le monde, et ça ne remplace pas l'expérience : ça vous permet d'aller la chercher sans vous mettre en difficulté.

Quatre choses à régler avant de partir

Dans cet ordre. Les trois premières se préparent à la maison, tranquillement, la veille. La quatrième se joue dehors, fatigué, sous la pluie — et c'est celle dont on parle le moins.

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Dire où vous allez

Le geste le plus simple, le plus efficace, et celui que presque personne ne fait.

Imaginez la scène : il est 15 h, vous glissez sur une racine, la cheville tourne. Vous êtes seul, dans une combe boisée, sans réseau. Vous ne pouvez appeler personne. À partir de ce moment-là, tout ce qui va se passer dépend d'une chose : de ce que quelqu'un, quelque part, sait de votre journée.

Les secours ne partent pas chercher une personne, ils partent fouiller un périmètre. « Je vais marcher dans le Vercors » désigne un massif de plus de 200 000 hectares : c'est une recherche de plusieurs jours, avec des moyens qui ne sont pas illimités. « Boucle depuis le parking de Gève, montée à la crête de la Sure, retour par Villeneuve, environ cinq heures » désigne une zone qu'un hélicoptère survole en une rotation. Même chute, mêmes moyens engagés, deux issues différentes.

En pratique

  • Écrivez-le, ne le dites pas. Une information donnée à l'oral la veille au soir est déformée ou oubliée. Un message écrit reste lisible et peut être transmis tel quel au 112.
  • Cinq informations suffisent : le secteur et le point de départ précis, l'itinéraire prévu, l'heure de retour prévue, l'heure limite avant de donner l'alerte, et l'immatriculation de votre véhicule. La gendarmerie peut retrouver une voiture sur un parking : c'est ce qui confirme que vous êtes bien là où vous aviez dit.
  • Choisissez la bonne personne. Quelqu'un de joignable ce soir-là — pas en avion, pas en soirée sans téléphone — et surtout quelqu'un qui osera appeler le 112 même en doutant. Beaucoup d'alertes sont données avec des heures de retard parce que le proche n'a pas voulu déranger.
  • Fixez l'heure limite généreusement. Deux à trois heures après le retour prévu pour une sortie à la journée. Trop serrée, elle déclenche des alertes pour rien et votre contact finira par ne plus y croire. Trop large, elle vous laisse passer une nuit dehors avant que quelqu'un ne bouge.
  • Prévenez au retour. C'est la partie non négociable, et la plus oubliée. Votre sortie ne se termine pas quand vous arrivez à la voiture, elle se termine quand vous avez envoyé le message.

L'erreur qu'on voit le plus souvent

« De toute façon, s'il y a un problème, j'appellerai. » Non. Dans le scénario qui vous mettra vraiment en difficulté, soit vous n'avez pas de réseau, soit votre téléphone est cassé dans la chute, soit vous n'êtes pas en état de composer un numéro. Le plan de sortie sert précisément aux situations où vous ne pouvez plus rien faire vous-même.

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Être au niveau

Mesurer honnêtement l'écart entre la sortie prévue et ce que vous savez faire aujourd'hui.

La plupart des gens jugent une randonnée à sa distance. C'est la mauvaise unité. Douze kilomètres sur le plateau du Vercors, c'est une promenade de trois heures ; douze kilomètres avec 1 200 mètres de dénivelé, c'est une journée entière qui vous met à plat. La vraie monnaie, ce sont le dénivelé positif et le nombre d'heures debout.

Repères de calcul. Un marcheur en bonne forme monte environ 300 mètres de dénivelé par heure sur un bon sentier avec un sac léger. Comptez 250 m/h avec un sac de plus de dix kilos, et 400 à 500 m/h à la descente. Ajoutez au moins une heure de pauses sur une journée. Une sortie de 1 200 m de dénivelé, c'est donc quatre heures de montée, deux heures et demie de descente, et une journée de sept à huit heures.

La descente est la partie qu'on prépare le moins et qui use le plus. C'est là que les genoux encaissent, là que la concentration baisse, et c'est là que se produisent la plupart des chutes. Une sortie n'est pas finie au sommet : elle est finie à la voiture.

En groupe, le rythme réel est celui de la personne la plus lente — et pas seulement parce qu'elle ralentit tout le monde : ceux qui attendent se refroidissent, s'impatientent, et repartent moins bien. Un groupe hétérogène est plus lent que son membre le plus lent pris isolément.

En pratique

  • Posez-vous la seule question qui compte : quelle a été votre plus grosse sortie cette année, et à quelle date ? Si c'était 700 mètres de dénivelé en juillet, viser 1 300 mètres en octobre n'est pas une progression, c'est un saut.
  • Calculez l'horaire à l'envers. Regardez l'heure du coucher du soleil, retirez le temps de descente, puis une heure de marge : vous obtenez l'heure à laquelle vous devez impérativement être en train de redescendre. À la mi-octobre dans les Alpes, la nuit tombe vers 18 h 45 — et bien plus tôt sous le couvert forestier ou dans un versant nord.
  • Lisez le type de terrain, pas seulement le tracé. Un sentier de randonnée balisé et un itinéraire dit alpin ne demandent pas la même chose. Passages câblés, pierriers, névés qui persistent en début d'été dans les combes nord : ce sont eux qui décident si la sortie vous est accessible, pas le nombre de kilomètres.
  • Dites votre niveau réel à ceux qui partent avec vous, et alignez la sortie sur le maillon le plus faible. Personne n'a jamais gardé un bon souvenir d'une journée où il a tenu le rythme des autres à la limite.

Calculer le budget temps de votre sortie avec l'outil d'évaluation, plus bas sur cette page.

L'erreur qu'on voit le plus souvent

Ne préparer que la montée. Les gens s'entraînent à monter, calculent le temps de montée, se motivent pour le sommet — et se retrouvent à entamer 1 000 mètres de descente avec des jambes vides et deux heures de jour restantes. Si vous ne deviez travailler qu'une chose physiquement, ce serait votre capacité à descendre longtemps sans que les cuisses lâchent.

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Emporter ce qu'il faut

Chaque objet du sac répond à une question précise : qu'est-ce qui se passe si…

Il n'existe pas de liste universelle, mais il existe trois scénarios qui transforment une balade en incident, et un sac correct est simplement un sac qui répond aux trois : la nuit qui tombe avant que vous soyez rentré, l'immobilité soudaine — vous, ou quelqu'un du groupe, ne peut plus avancer — et le temps qui change. Prenez chaque objet de votre sac et demandez-vous auquel des trois il répond. Ce qui ne répond à aucun peut rester à la maison ; ce qui manque saute aux yeux.

La nuit qui tombe

Une lampe frontale, même pour une sortie de trois heures en plein après-midi. La lampe du téléphone tient environ une heure et vous laisse ensuite sans téléphone, c'est-à-dire sans moyen d'appeler. Marcher de nuit sur un sentier connu avec une frontale est un contretemps ; le faire sans lumière est un accident en préparation.

L'immobilité

C'est le scénario le plus sous-estimé. Tant que vous marchez, vous produisez de la chaleur ; dès que vous vous arrêtez, vous en perdez, et un blessé allongé sur un sol humide se refroidit vite même par 10 ou 12 °C. Il vous faut donc une couche chaude sèche que vous n'avez pas portée de la journée, et de quoi vous isoler du sol : le contact avec la terre froide vous prend plus de chaleur que l'air.

La couverture de survie fait partie du sac de tout le monde et presque personne ne l'a jamais dépliée. Faites-le une fois chez vous : vous découvrirez qu'elle est immense, bruyante, ingérable au vent, et qu'il faut savoir s'y prendre. Sur le terrain, sa vraie fonction est de couper le vent et l'humidité, pas de réchauffer par magie — et il faut mettre quelque chose entre le blessé et le sol, sac à dos, corde, vêtements, n'importe quoi.

Le temps qui change

Une veste imperméable qui l'est vraiment, un bonnet et des gants — ils pèsent cent grammes et changent tout —, de l'eau et de quoi manger au-delà de ce que vous pensez consommer. Comptez un litre et demi à deux litres par personne pour une journée. En Vercors, sur un plateau calcaire, l'eau file dans la roche : beaucoup de sources indiquées sur la carte sont à sec en fin d'été, et il faut partir en le sachant.

Enfin, une carte papier et une boussole, avec le minimum pour savoir s'en servir. Le froid vide une batterie de téléphone en une fraction du temps annoncé, et surtout : quand vous appelez le 112, on va vous demander où vous êtes. Savoir nommer un vallon, un col, une altitude, c'est ce qui déclenche des secours au bon endroit.

Générer votre liste de matériel selon la durée, la saison et le terrain.

L'erreur qu'on voit le plus souvent

Acheter du matériel et ne jamais l'ouvrir. La couverture de survie qui dort dans le sac depuis six ans, le filtre à eau encore sous blister, la veste jamais testée sous une vraie pluie. Testez chez vous, au calme : un matériel qu'on découvre au moment où on en a besoin, dans le vent et dans le noir, est un matériel qu'on n'a pas.

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Lire et décider

Le volet dont personne ne parle, et celui qui fait la différence.

Les accidents viennent rarement d'une mauvaise décision. Ils viennent d'une décision qu'on n'a pas prise. On continue parce qu'on a fait deux heures de route, parce que le sommet est « juste là », parce que personne dans le groupe n'ose dire à voix haute qu'il n'est pas bien. Plus on a investi d'efforts, moins on est capable de renoncer : c'est un travers humain, pas un manque de courage, et la seule parade est de décider à froid.

Fixer les seuils avant de partir

Un seuil est une phrase écrite la veille, à la maison, quand vous êtes reposé et lucide. Trois suffisent :

  • Une heure de demi-tour. Une heure de montre, pas une impression. « Si nous ne sommes pas au col à 13 h, nous redescendons, quel que soit l'état du groupe et quelle que soit la distance restante. » Écrite, elle n'a plus à être négociée au moment où elle tombe.
  • Un seuil météo. Ce que vous ne dépasserez pas : un plafond qui descend, un premier grondement, un vent qui vous déséquilibre sur une crête.
  • Un seuil humain. Si une personne du groupe est en dessous — froid, épuisement, peur — la sortie s'arrête pour tout le monde. Cette règle-là se dit au départ, pour que personne n'ait à porter seul le poids de l'avouer.

Lire ce qui se présente

  • Le ciel. Des cumulus qui grossissent verticalement dès la fin de matinée annoncent une instabilité qui se réalise souvent en début d'après-midi. En été dans les Alpes, on organise sa journée pour être redescendu des crêtes avant 13 ou 14 h, pas pour y arriver à ce moment-là.
  • Le vent. Un changement de direction ou une baisse brutale de température sont des informations, pas une gêne. Ils précèdent en général ce que vous verrez arriver un quart d'heure plus tard.
  • L'eau. Un torrent alimenté par la fonte ne se traverse pas de la même façon à 8 h et à 17 h : le niveau monte au fil de la journée, avec la chaleur. Un gué franchi le matin peut être infranchissable au retour, et ça se planifie.
  • Le terrain. Le calcaire mouillé du Vercors devient patinoire, l'herbe en dévers après la pluie aussi. Sur un névé de début de saison, la vraie question n'est pas la traversée en elle-même mais ce qu'il y a en dessous : si une glissade se termine dans des barres, on ne traverse pas.
  • Le groupe et vous. Les signes arrivent avant l'incident : quelqu'un qui parle moins, qui décroche de dix mètres, qui ne boit plus, qui ne mange plus. Une personne qui a froid et qui se tait est une alerte, pas un caractère.

L'erreur qu'on voit le plus souvent

« On y est presque. » Ce sont les cent derniers mètres de dénivelé qui font basculer une journée : ceux qu'on avale en dépassant l'horaire prévu, en oubliant que la descente est encore entière et que la nuit, elle, arrive à l'heure. Renoncer n'est pas un échec, c'est une compétence — et c'est la seule qui vous permette de revenir le week-end suivant.

Commencez par la fiche de sortie

Elle tient sur une page et se remplit en trois minutes : itinéraire, horaires, véhicule, matériel embarqué, heure limite d'alerte, consigne à la personne prévenue.

Remplissez-la en ligne et envoyez-la directement à votre contact, ou imprimez-la et gardez-en une pile chez vous. C'est le document qui change le plus de choses pour le moins d'effort.

La fiche de sortie

À remplir en ligne, ou en version imprimable.

Remplir la fiche en ligne Télécharger la version papier

Si vous devez appeler les secours

L'essentiel ci-dessous, et le détail complet sur la page dédiée : Appeler les secours.

112

Numéro d'urgence européen, depuis n'importe quel téléphone, même sans forfait et même verrouillé.

114

Par SMS, pour les personnes sourdes ou malentendantes — et utile quand le réseau ne laisse plus passer que des données.

Un seul numéro, et il vous localise

Composez le 112, pas le numéro à dix chiffres du PGHM ou des CRS : ces lignes existent toujours, mais votre appel serait de toute façon rebasculé, et vous auriez perdu du temps. Le 112 arrive au centre de traitement de l'alerte du département, qui localise automatiquement l'appelant sans aucune manipulation de votre part.

Il fonctionne sans forfait, sur un téléphone verrouillé, et il bascule sur le réseau d'un autre opérateur si le vôtre ne passe pas — c'est pourquoi il faut essayer le 112 même quand l'écran affiche « pas de réseau ». En revanche, il ne sert qu'aux urgences : pour des renseignements sur les conditions ou l'ouverture d'un refuge, on appelle le PGHM sur sa ligne directe, jamais le 112.

Ce que vous devez dire, dans cet ordre

  • Où vous êtes. Commune, massif, nom du vallon ou du sommet, altitude, versant, et vos coordonnées si votre application les affiche. C'est l'information qui compte le plus, et celle qu'on peine à donner quand on ne s'est jamais entraîné à nommer sa position.
  • Ce qui s'est passé, et à quelle heure.
  • Combien vous êtes et dans quel état : conscient, qui répond, qui saigne, qui a froid.
  • Le temps qu'il fait sur place : visibilité, plafond, vent, pluie. C'est ce qui décide de l'engagement d'un hélicoptère, et personne d'autre que vous ne peut le dire.
  • L'autonomie qu'il vous reste en batterie, et le meilleur endroit où vous êtes joignable.

Ne raccrochez jamais le premier. Après votre appel, une conversation s'organise entre le régulateur, le médecin et l'unité de secours pour dimensionner l'intervention : on vous rappellera, souvent plusieurs fois. Mettez votre téléphone en économie d'énergie, ne l'utilisez plus pour autre chose, et gardez-le au chaud contre vous.

Si le réseau ne passe pas

  • Cherchez un point haut ou dégagé, quitte à remonter : on capte mieux en hauteur qu'au fond d'un vallon.
  • Un SMS passe souvent là où un appel ne passe plus. Le 114 est fait pour ça — c'est le numéro d'urgence par SMS, prévu d'abord pour les personnes sourdes ou malentendantes, avec un délai de traitement plus long. On essaie le 112 d'abord, le 114 ensuite.
  • Les secours peuvent aussi vous envoyer un lien de géolocalisation, que la gendarmerie utilise pour situer précisément une personne perdue ou blessée. Il suffit alors de l'ouvrir : gardez donc de la batterie et des données disponibles.
  • Si vous ne parvenez à joindre personne, revenez aux signaux visuels et sonores décrits plus bas, et restez sur place si quelqu'un détient votre fiche de sortie.

Combien ça coûte

La question freine des gens au pire moment, alors autant y répondre. Hors des domaines skiables, les secours engagés par l'État — PGHM, CRS de montagne, pompiers — reposent sur un principe de gratuité : on porte secours sans considérer la capacité de la victime à payer. La part médicale de l'intervention relève, elle, du régime habituel de l'assurance maladie et de votre mutuelle.

Sur le domaine skiable, en revanche, l'intervention est facturée et les montants sont élevés. Si vous pratiquez régulièrement, une assurance dédiée — licence fédérale ou contrat spécialisé — règle la question une fois pour toutes.

Retenez surtout ceci : l'hésitation coûte plus cher que l'appel. Un secours déclenché tôt, en journée, par beau temps, mobilise infiniment moins de moyens qu'une recherche de nuit sous la pluie parce que quelqu'un n'a pas osé.

Survie : tenir jusqu'aux secours

Version complète sur la page dédiée : Survie.

Ce n'est pas un cours de survie et ça ne remplace pas une formation. C'est ce qu'il faut savoir faire dans les heures qui suivent le moment où la sortie bascule : une cheville qui casse, une nuit qui vous surprend, un itinéraire perdu dans le brouillard.

La règle des trois

Elle donne l'ordre des priorités, et elle corrige l'erreur la plus répandue : on survit environ trois minutes sans air, trois heures sans protection contre le froid et le vent, trois jours sans eau, trois semaines sans nourriture.

Autrement dit, ce qui vous tuera en montagne n'est presque jamais la faim, ni même la soif : c'est le froid, et il agit en quelques heures. Tout ce qui suit découle de là — on s'occupe de la chaleur d'abord, du signalement ensuite, de l'eau après, et de manger en dernier.

Le premier geste est de s'arrêter. Quand quelque chose bascule, l'instinct pousse à continuer, à chercher plus vite, à forcer le passage. C'est le moment exact où les erreurs s'enchaînent. Asseyez-vous cinq minutes, buvez, mangez quelque chose, et décidez ensuite. Personne n'a jamais aggravé sa situation en réfléchissant cinq minutes.

Se protéger du froid

Vous perdez de la chaleur par trois voies, et vous devez les couper dans cet ordre : le sol, qui vous en prend le plus dès que vous êtes immobile ; le vent, qui multiplie la perte ; l'humidité, qui rend le reste inefficace.

  • Mettez quelque chose entre vous et le sol : sac à dos vidé, corde, branchages, vêtements. Ne jamais s'asseoir directement sur la terre, la roche ou la neige.
  • Cherchez un abri du vent — un rocher, un repli de terrain, une lisière — plutôt qu'un endroit dégagé et « visible ». On se protège d'abord, on se signale ensuite.
  • Retirez ce qui est trempé si vous avez du sec à mettre à la place, enfilez toutes les couches disponibles, et couvrez la tête.
  • Mangez : la production de chaleur consomme du carburant. Buvez, même sans soif.
  • Bougez régulièrement si vous n'êtes pas blessé : contractions des grands muscles, sans transpirer. La transpiration vous refroidira ensuite.

Reconnaître l'hypothermie

Elle s'installe progressivement et la personne concernée est la dernière à s'en rendre compte. Les signes, dans l'ordre d'apparition : frissons incontrôlables, gestes maladroits — n'arrive plus à ouvrir une fermeture éclair —, élocution ralentie ou confuse, désintérêt, décisions absurdes. Quand les frissons s'arrêtent alors que la personne est toujours froide, la situation est grave : le corps ne lutte plus.

Alertez les secours, isolez la personne du sol, coupez le vent, remplacez ses vêtements mouillés, donnez une boisson chaude et sucrée si elle est parfaitement consciente, et restez contre elle. Manipulez-la doucement.

Si vous êtes perdu

Si quelqu'un a votre plan de sortie, votre meilleure décision est presque toujours de rester sur place, au chaud et au sec : on vous cherchera là où vous aviez dit d'aller, et une personne immobile est infiniment plus facile à trouver qu'une personne qui erre.

Si vous devez bouger, une règle vaut plus que toutes les autres dans un massif calcaire comme le Vercors : ne descendez jamais un torrent ou un ravin en pensant qu'il vous ramènera. C'est le réflexe qui tue le plus souvent. Les vallons se resserrent, se terminent en cascade ou en barres rocheuses, et l'on se retrouve engagé dans un endroit d'où l'on ne peut ni descendre ni remonter. Reprenez de la hauteur : on se repère mieux, on capte mieux, on est plus visible.

Se faire voir et se faire entendre

  • Le signal de détresse en montagne : six signaux par minute — sifflet, lampe, gestes — puis une minute de silence, et on recommence. La réponse est de trois signaux par minute.
  • Un sifflet porte bien plus loin que la voix et ne vous épuise pas. La voix se casse en quelques minutes.
  • De nuit, une frontale qui clignote se voit de très loin. Économisez les piles : signalez par intervalles.
  • Étalez quelque chose de coloré et de contrasté, visible d'en haut : une couverture de survie côté brillant, une veste, un sac.
  • À l'approche d'un hélicoptère : les deux bras levés en Y signifient « oui, j'ai besoin d'aide ». Un seul bras levé et l'autre baissé signifie « non, tout va bien » — et l'appareil repartira. Ne faites jamais de grands signes des deux bras par simple réflexe de salut.
  • Rangez tout ce qui peut s'envoler avant l'arrivée de l'appareil, et ne vous approchez jamais de vous-même : c'est l'équipage qui vient à vous.

Avec un blessé

Ne le déplacez pas, sauf s'il est dans un danger immédiat — chute de pierres, avalanche, torrent qui monte. Isolez-le du sol, couvrez-le entièrement en laissant le visage dégagé, protégez-le du vent, parlez-lui et gardez le contact. Notez l'heure de l'accident et ce que vous avez observé : c'est la première chose que les secours vous demanderont.

Ce qu'on ne fait jamais

Continuer de nuit sur un terrain qu'on ne connaît pas pour « rattraper le retard ». Traverser un torrent en crue. Descendre une barre rocheuse en désescalade parce qu'elle a l'air courte. Se séparer du groupe pour aller chercher du secours seul, sauf décision réfléchie et sur un itinéraire évident. Et abandonner son sac : c'est lui qui contient tout ce qui vous tiendra chaud.

Les fiches

Une nouvelle fiche chaque mois, tirée de mes propres supports de terrain — ceux que j'utilise avec mes groupes. Chacune traite un sujet en entier, existe en page web et en PDF imprimable, et reste libre de reproduction et de diffusion. Vous pouvez les emporter, les photocopier, les donner à qui part avec vous.

  • Octobre 2026La fiche de sortieEn ligne
  • Novembre 2026Le bivouac autonome en forêtEn ligne
  • Décembre 2026Renoncer : les seuils qu'on fixe avant de partirÀ venir
  • Janvier 2027Le sac d'hiverÀ venir
  • Février 2027Le froid : s'habiller, gérer l'humiditéÀ venir
  • Mars 2027Se préparer physiquement à une itinéranceÀ venir

Qui écrit ces fiches

Clément Guinet, accompagnateur en montagne diplômé d'État, carte professionnelle 03823ED0540. Je guide du Vercors au Grand Nord, en initiation comme en expédition autonome, et je forme d'autres encadrants. Ambassadeur Sans Trace depuis 2018.

Ce que vous lisez ici n'est pas une compilation de conseils trouvés ailleurs : ce sont mes propres supports de terrain, ceux que j'utilise avec mes groupes, ouverts au public.

Le passer sur le terrain

Une fiche vous donne la méthode. Le reste s'apprend en marchant, avec quelqu'un qui vous regarde faire et qui corrige.