Savoir Partir · Urgence
Le froid tue en quelques heures. Tout le reste vient après.
Ce n'est pas un cours de survie et ça ne remplace pas une formation. C'est ce qu'il faut savoir faire dans les heures qui suivent le moment où la sortie bascule : une cheville qui casse, une nuit qui vous surprend, un itinéraire perdu dans le brouillard.
Elle donne l'ordre des priorités, et elle corrige l'erreur la plus répandue : on survit environ trois minutes sans air, trois heures sans protection contre le froid et le vent, trois jours sans eau, trois semaines sans nourriture.
Autrement dit, ce qui vous tuera en montagne n'est presque jamais la faim, ni même la soif : c'est le froid, et il agit en quelques heures. Tout ce qui suit découle de là — on s'occupe de la chaleur d'abord, du signalement ensuite, de l'eau après, et de manger en dernier.
Le premier geste est de s'arrêter. Quand quelque chose bascule, l'instinct pousse à continuer, à chercher plus vite, à forcer le passage. C'est le moment exact où les erreurs s'enchaînent. Asseyez-vous cinq minutes, buvez, mangez quelque chose, et décidez ensuite. Personne n'a jamais aggravé sa situation en réfléchissant cinq minutes.
Vous perdez de la chaleur par trois voies, et vous devez les couper dans cet ordre : le sol, qui vous en prend le plus dès que vous êtes immobile ; le vent, qui multiplie la perte ; l'humidité, qui rend le reste inefficace.
Elle s'installe progressivement et la personne concernée est la dernière à s'en rendre compte. Les signes, dans l'ordre d'apparition : frissons incontrôlables, gestes maladroits — n'arrive plus à ouvrir une fermeture éclair —, élocution ralentie ou confuse, désintérêt, décisions absurdes. Quand les frissons s'arrêtent alors que la personne est toujours froide, la situation est grave : le corps ne lutte plus.
Alertez les secours, isolez la personne du sol, coupez le vent, remplacez ses vêtements mouillés, donnez une boisson chaude et sucrée si elle est parfaitement consciente, et restez contre elle. Manipulez-la doucement.
Si quelqu'un a votre plan de sortie, votre meilleure décision est presque toujours de rester sur place, au chaud et au sec : on vous cherchera là où vous aviez dit d'aller, et une personne immobile est infiniment plus facile à trouver qu'une personne qui erre.
Si vous devez bouger, une règle vaut plus que toutes les autres dans un massif calcaire comme le Vercors : ne descendez jamais un torrent ou un ravin en pensant qu'il vous ramènera. C'est le réflexe qui tue le plus souvent. Les vallons se resserrent, se terminent en cascade ou en barres rocheuses, et l'on se retrouve engagé dans un endroit d'où l'on ne peut ni descendre ni remonter. Reprenez de la hauteur : on se repère mieux, on capte mieux, on est plus visible.
Ne le déplacez pas, sauf s'il est dans un danger immédiat — chute de pierres, avalanche, torrent qui monte. Isolez-le du sol, couvrez-le entièrement en laissant le visage dégagé, protégez-le du vent, parlez-lui et gardez le contact. Notez l'heure de l'accident et ce que vous avez observé : c'est la première chose que les secours vous demanderont.
Continuer de nuit sur un terrain qu'on ne connaît pas pour « rattraper le retard ». Traverser un torrent en crue. Descendre une barre rocheuse en désescalade parce qu'elle a l'air courte. Se séparer du groupe pour aller chercher du secours seul, sauf décision réfléchie et sur un itinéraire évident. Et abandonner son sac : c'est lui qui contient tout ce qui vous tiendra chaud.
Ces gestes servent à tenir. Ce qui évite d'en arriver là se prépare avant de partir.